Ce jour-là, on commence à marcher dans un environnement peu sympathique : la station de ski du Somport et ses pistes de gravas. Notre attention est cependant attirée par un groupe d’une dizaine de personnes qui nous devance. Commence alors la chasse au tapas ! Et oui, nous sommes en Espagne pour quelques kilomètres, dans le Valle de Astan, l’apéro nous attend ! On les croque rapidement avant d’arriver au bord d’un lac d’altitude. Juste au-dessus, nous franchissons le col des Moines, à la frontière, et nous retrouvons devant le spectacle magnifique de la vallée d’Ossau. Lumière matinale, sol tapissé d’une herbe verte et longue, son de cloches des vaches et brebis en train de paître, succession de petits lacs et torrents où se reflète le soleil. On évolue dans ce paysage pendant une longue descente, c’est magnifique. Puis on coupe dans la pente, au milieu des vaches qui se trouvent sur notre chemin, non sans un frisson d’appréhension. On est au pied de la face sud du Pic du Midi d’Ossau. On gravit un pierrier, se faisant le plaisir de manger quelques tapas au passage. Puis, nous marquons une pause déjeuner au très fréquenté refuge de Pombie. J’ai mes règles, mauvaise nouvelle à priori qui finalement n’aura pas trop d’importance dans l’effort, tant mieux ! On découvre les lyophilisés de risottos aux champignons. Quel délice ! Surtout pour des affamés ! On se questionne sur une possible ascension du pic mais ça paraît peu raisonnable considérant ce qu’il nous reste à marcher. C’est une voix qui peut demander de l’équipement (corde, casque et baudrier) mais le tire-tic est sûrement la chose la plus technique que nous avons dans nos sacs ! On redescend en vallée sous le cagnard, assommés par la chaleur et blasés de la bonne remontée qui nous attend de l’autre côté du gave de Brousset. Quentin l’a déjà descendu en kayak, ça devait-être plus rafraichissant.
Après une tartine de crème solaire, on commence l’ascension. Le départ est difficile mais on entre rapidement en forêt et un supplément de fraicheur est apporté par le torrent que nous longeons. Quentin fait le zouave, il nous devance, se cache derrière les rochers et nous on sue, profitant des quelques endroits ombragés pour souffler et boire. On arrive en haut, au bord du petit lac d’Arrious où on prend le temps de se tremper les pieds (qui puent franchement).
Pour arriver au refuge d’Arrémoulit, deux itinéraires s’offrent à nous. Le premier, facile, promet de dévaler 300 m pour les remonter ensuite. L’autre, le passage d’Orteig, offre une traversée vertigineuse. Nous nous engageons sur le second. Une main courante nous sécurise. Nous croisons à contresens un groupe de personnes qui évolue en tremblant. Après avoir patienté, on finit par passer comme parmi le groupe qui nous fait face, tentant d’être rassurants dans nos échanges avec eux. Arrivés au refuge, on fait une pause. Sieste pour les frangins et étirement pour moi. Sans le vouloir, nous nous sommes postés sur le chemin des toilettes. Malgré nous, notre rôle sera d’indiquer le chemin du petit coin aux randonneurs qui le cherchent.
Nous reprenons notre ascension sur de gros blocs de calcaire, passons par le col d’Arrémoulit et arrivons dans le massif du Balaïtous, en Espagne. Avec Quentin, nous avons dormi au sommet il y a quelques mois de ça, souvenir mémorable ! Le paysage en contrebas est tout à fait particulier. Le chemin est encaissé et donne à voir une succession de lac bordés de pins, on se croirait sur les bords de la Méditerranée. Ibon de Arriel Alto, ibon de Arriel bajo, nous suivons le barranco de Arriel. Puis, nous débouchons à flan sur la vallée du rio Aguas Limpias provenant du barrage de Respomuso que nous apercevons au loin. Il paraît proche mais la traversée, dans la végétation sèche et piquante du cirque de Piedrafita, s’avère longue. Nous nous arrêtons au refuge Alfonso XVIII faire le plein d’eau et établissons notre bivouac plus loin, au bord d’un des nombreux petits lacs qui se succèdent, prenant soin d’en choisir un où il n’y a personne. Ce soir-là, il y a du vent. Avec Olivier, nous montons un mur de pierre pour nous protéger. Le lever est prévu à l’aube pour attaquer les pics de l’enfer.