C’est la dernière journée, et pas des moindres ! Difficile de réaliser qu’on est à la fin. Finalement, jusqu’à ce que ça se termine, personne n’est sûr de mener le projet jusqu’à son terme. La météo, la réaction de nos corps, les problèmes de matériel, autant de choses qui peuvent nous faire douter. On a eu de la chance et on va boucler ça en beauté.
On part de bonne heure, on a les crocs ! Après avoir viré les chevaux du chemin à la frontale, on longe le relief sur un sol caillouteux d’ardoise et arrivons sur un replat traversé de cours d’eau. On monte au Portella de Lanos d’où on admire le lever du soleil. Devant nous, le Pic Carlit nous attend. Dernier sommet, dernière ascension avant la descente. Nos mollets frémissent d’impatience ! On approche par l’étang de Lanoux, on croque nos premiers tapas de la journée et on se retrouve en bas de la face Ouest. C’est un pierrier de petites pierres, très raide et glissant. Les traces laissées par les marcheurs et les traileurs sont multiples. Évidemment, on fait la course, une dernière fois. Quentin part comme un bourrin, je le suis. Olivier, dont un bâton est cassé, lâche au bout de quelques mètres. En peu de temps, on se retrouve là-haut, 2921 m avec une vue à 360 degrés sur les Pyrénées. D’un côté la série de lacs avec le grand lac des Bouillouses où se reflète le soleil. Le Canigou en fond, qui aurait pu être une fin de voyage pour nous, mais, contraint par le calendrier, on se le réserve pour plus tard. On peut voir les Pyrénées Ariégeoises où il nous est difficile d’identifier la multitude de sommets.
Sur la face Ouest, ça déboule. Le Carlit semble être un bon spot pour les traileurs du coin. On descend sur le sentier rocheux bien patiné par le passage. On court, on slalome entre les marcheurs qui montent, c’est l’heure de pointe. On passe les lacs, s’attardant au bord de certains pour admirer la vue, et on arrive au barrage des Bouillouses. J’ai super faim alors je mange proche des toilettes de l’office du tourisme, plus rien à faire ! On se rend compte qu’il nous reste plus de distance que ce qu’on pensait pour arriver au fourgon garé à Mont Louis. Je propose de prendre un bus, je me fais rabrouer, quelle triche ça serait ! Alors on part sur les sentiers et, patiemment, on avale les 13 kilomètres qui nous sépare du fort.
Les garçons veulent courir, moi je n’en peux plus. On marche, c’est long. On entre dans la forêt, on suit Quentin. On commence à penser à ce qu’on va engloutir en arrivant. Tomates, huile, pain, on rêve déjà ! On ne le sait pas encore, mais on a tous perdu 10 % de notre masse durant la traversée ! On finit en beauté sur la départementale avec les voitures, les retours sont toujours un peu abrupts. Le fourgon n’a pas bougé ! On file au magasin bio le plus proche. On a du mal à respecter les règle covid après avoir passé 15 jours loin de tout ça. On dévalise le magasin de tous ces mets qui nous ont sérieusement manqué. Et vas-y pour du fromage, et vas-y pour du bon pain ! On part s’installer non loin d’un lac, mais on s’en fout du lac, on vise la première table de pique-nique et on se goinfre ! Quel plaisir ! On est assommés par l’effort mais tellement satisfaits et heureux d’avoir vécu ça ensemble. Notre projet était ambitieux, mais grâce à on ne sait quel alignement des planètes, on a pu le mener à bout de la meilleur des manières !