On prend notre temps pour le départ – 10 heures -, on est fatigués. On marche jusqu’au Pleta de Fangassal où on décide de couper à flan pour ne pas descendre et remonter le relief. Sangliers à nouveau, on s’engage sur des chemins tracés par des animaux montant et descendant sur des monticules de roches. On arrive au lac del Port en descendant dans les fougères sur 100 m. On traverse un petit pont, il y a du monde dans le coin. On s’arrête à la cabane del Estany del Port pour manger. Là, un groupe de randonneurs, armés d’un des livres de la HRP, nous demande comment regagner la France. Quentin les oriente et on repart en coupant jusqu’au col de Certascan. On descend au lac, du même nom. Le cours d’eau est barré de plusieurs petits barrages, on sillonne entre eux.
Aujourd’hui aussi les kilomètres défilent lentement, on prévoyait une petite journée de 24 km, mais la perception rend la route plus longue. À la moindre descente, je sens un pincement des plus aigus dans mes tendons. J’ai beau chercher une manière de pauser mes pieds, m’appuyer sur mes bâtons, rien n’y fait, la douleur est insupportable. Voilà l’addition salée de l’effort démesuré de la veille. Je craque à la vue de mon corps qui lâche. Quentin me console, me rappelant qu’on est en train de faire un truc de fou et qu’on a de la chance que ça ne soit pas arriver avant. Je tente de lâcher prise et d’accepter de ralentir le rythme. On fait une pause, se gavant de myrtilles et on fait même des réserves, donnant plus de temps à mes genoux pour récupérer. On descend, la douleur s’active de plus belle. Quentin me soutient moralement en décomptant les centaines de mètres de dénivelé qui nous séparent du dernier ravitaillement. On arrive à la cabana de la Borda, les barres sont là !
Raisonnablement, on décide de s’arrêter pour aujourd’hui et de se reposer le lendemain. L’endroit est assez idyllique, rivière abondante, chaleur, bon spot herbeux. Un jour de pause et je déciderai si oui ou non je peux finir la traversée avec eux. Une piste, puis une route permettent de rejoindre Sort en Espagne, alors pourquoi pas troquer la traversée à pied avec une traversée en stop ?
On s’installe pour manger dehors car, dans la cabane, un drôle de spécimen a élu domicile. C’est un anglais qui s’est mis en mode survie. Il se nourrit en récupérant de la nourriture dans les poubelles ou je ne sais plus quoi. Il s’assoit avec nous pendant un certain temps dehors pour discuter et décline la nourriture qu’on lui propose. Il a l’air sauvage, c’est drôle. Il retourne dans la cabane et allume un feu. Olivier tente d’aller dormir avec lui, mais la cabane est trop enfumée. Il vient avec nous sous la tente. On est détendus à l’idée de faire une pause, surtout après ces jours à foncer comme des bêtes. On a chacun notre livre, on a posé la tente sur de l’herbe bien fournie, quel confort !