Le matin, le groupe d’espagnol est déjà parti. On se mange des potabios, Quentin commence à tenter des mélanges : tomates et ortie ou saveurs africaines et pomme de terre. On retrouve notre itinéraire de base en descendant en forêt. Mes affaires sèches sur mon sac, on commence à sentir que le voyage dure. Pour être légers, nous n’avons rien emmené de superflus. Une tenue de jour, de quoi se couvrir le soir et dormir la nuit. Les plus chanceux tourne sur deux paires de chaussettes. Même la brosse à dent s’est vue amputée de son manche !
On emprunte un morceau de route pour rejoindre l’Hospital de Benasque, départ de randonnée en fond de vallée pour les intéressés du massif de l’Aneto. On s’arrête au refuge. C’est un énorme refuge et peu accueillant avec ceux qui ne payent pas. On s’installe, on lave nos affaires dans les toilettes, on branche la batterie et les portables, on fait le plein d’eau, on se lave un peu et on s’attable sur un emplacement du refuge. Un mec qui gère l’entrée du refuge nous a déjà chassé pendant qu’on se lavait. Il nous guette de loin pendant qu’on mange. On fait sécher nos affaires au soleil, pas gênés ! Le gars parle de nous à un de ses collègues, ils restent à distance. Indifférents, on finit par reprendre la route. En hiver, ils n’étaient pas plus sympas !
On reprend l’ascension sur un GR. On croise beaucoup de monde, par rapport à d’habitude du moins. Parfois les gens remettent leurs masques et s’éloignent de 2 m pour nous laisser passer. L’Espagne s’est pris le covid de plein fouet. La montée de l’Aneto est très jolie, pleine d’eau. Plateaux herbeux, mélange de pins, de roches, de cours d’eau et de cascades. Sans le savoir, nous passons à côté du trou du Toro, ou Forau de Aigualluts, source de la Garonne qui sillonne en souterrain avant de ressurgir en haut Vall d’Aran.
Plus on monte, moins il y a de monde. L’environnement commence à être minéral. On doit franchir le col des Molières dont on se demande s’il sera enneigé. D’après la carte, il s’annonce assez encaissé, bien raide, à 3 000 m et mal exposé au soleil. L’approche se fait sur d’immenses plaques de granite, c’est très plaisant à marcher car les chaussures accrochent. Je me souviens avoir trainé de la patte à cet endroit, avoir consommé plus de barre que d’habitude, certaine que le ravito du lendemain m’en remplirait les poches. Quentin a aussi mangé les réserves d’Olivier, on doit commencer à sérieusement perdre des kilos !
Là-haut, on gravit le sommet des Molières à 3009 m, un amas de roches, le point culminant d’un grand pierrier. On dit au revoir à l’Aneto pour s’engager dans le Vall d’Aran, en Catalogne. Pas de neige, quelle chance ! La descente est très raide, presque de la désescalade, mais bien tracée. On retrouve un pierrier et de grandes dalles de granite qui s’étalent jusqu’au prochain refuge, où on a déposé le diner la semaine précédente. Le refuge paraît proche mais on met un temps fou à s’y rendre, la faim et la fatigue modifient probablement notre perception du temps qui s’écoule. Quentin trouve le ravitaillement, super ! Le melon est en vie, miam !
On est au sommet d’un rocher, la vallée se déploie sous nos yeux. Un lac en contrebas nous permet d’avoir de l’eau, même si s’y rendre demande une certaine motivation. On est seuls à dormir là. Ces cabanes préfabriquées posées côté espagnol sont d’un grand confort, d’autant plus quand on les a pour soit tout seul !