Je commence la journée en allant chercher de l’eau. Je mets le pied dans la vase, quel échec ! Mais j’ai de l’eau. On se soigne les pieds du mieux qu’on peut, nok et compeed. On repart pour cette petite journée de 26 km annoncés et peu de dénivelé. On descend, faisant le plein d’eau sous un arbre, dans un abreuvoir. On arrive au refuge de Biados, supposé être notre départ d’étape. Il se trouve au pied du Posets, le deuxième plus haut sommet des Pyrénées qui culmine à 3369 m d’altitude. On fait un crochet au refuge, mais le mec qui nous accueille ne veut pas nous nourrir, il passe le balai. On jette un coup d’œil à une carte et Quentin, visiblement en forme, propose qu’on se fasse le sommet. Je ne me souviens pas si on a hésité longtemps ou pas, mais s’est vite fait à l’idée que c’était au programme de la journée.
On quitte le GR 11 à 1700 m d’altitude et on monte d’un bon pas. Petit détour de rien du tout, le Posets ! D’abord dans la forêt, on débouche dans un environnement complétement minéral. Proche du sommet, on se restaure au milieu d’un pierrier pentu, c’est ça ou on arrête d’avancer. Puis, on parcourt une superbe arrête. Pas une poussière de neige, c’est triste mais ça nous va bien de pouvoir monter aussi haut sans équipement, simplement en baskets. On arrive au sommet, magnifique ! On a un 360 sur les Pyrénées, ça sera le point culminant de notre traversée. On voit le massif de Maladeta avec le plus haut sommet de la chaine à 3404 m, l’Aneto. Celui-là, on l’a gravi à ski avec Quentin quelques mois plus tôt. L’été, il faut être équipé piolet-crampons pour la pente neigeuse de la fin. En partant légers, on a fait le pari que tous les cols passeraient sans neige. Ça restera une incertitude pour nous, jusqu’à la fin.
Là-haut, Olivier croque du saucisson. On ne s’éternise pas, quand bien même il y fait bon. Au loin, on voit le Pic de Maupas en haut duquel j’étais monté il y a quelques années, avec sa course d’arrête faite de gros blocs rocheux. On descend d’un bon pas sur des plats de granite, puis en forêt, raccrochant une variante du GR 11. L’orage se forme, on va le prendre sur la tête. Ça nous fait courir, il est au-dessus de nos têtes, le vent souffle, on ne s’arrête plus. Je remonte mon short dans mon imperméable pour qu’il ne s’imbibe pas d’eau, ça suffit d’être mouillés !
On arrive à une première cabane ouverte au milieu des bois, la cabane de Batisielles, mais on décide de pousser plus loin, toujours en courant. On arrive à la cabane de Santa Ana, parfaite ! Il y a deux pièces, l’une pour se restaurer, l’autre avec une mezzanine pour dormir, quel luxe. Il n’y a personne pour le moment. On ne s’étale pas pour autant, en Espagne les randonneurs arrivent plus tard. J’en profite pour aller me laver. Je trempe ma tête dans la rivière, que ça fait du bien ! Petite lessive rapide au passage. On va se coucher tous ensemble et … un groupe de jeunes espagnols arrivent. Ils se mettent à fumer devant la cabane en parlant fort, quand bien même ils savent que nous sommes là. Quentin descend les allumer, nous rigolons. Ils dormiront dehors, l’un sur le banc, les deux autres sous tente, il a dû leur faire peur.