De la piste, de la piste, de la piste… Journée un peu monotone sur la randonnée. On soupçonne l’auteur de notre trace d’avoir fait du stop et pourtant, il s’est contenté de suivre le GR 11. Le début de journée est joli, on sillonne entre des petits sommets autour de 2000 m de la Sierra de Espierba. C’est vert, c’est plein de fleurs, on y croise même un troupeau d’une cinquantaine d’izards, impressionnant ! Puis, une fois passé le col de las Coronetas, où l’on croise un trailer seul, on arrive sur la première piste. On trottine pour aller plus vite, on se prend la pluie, se réfugiant dans une cabane, on trottine à nouveau.
La chaleur arrive, on se déshabille au hameau de Chisagües et on finit sur la route de Bielsa qui traverse la frontière franco-espagnole, dans le village de Parzan. Quentin nous vente les mérites d’un restaurant super bon, la Pipeta. On est affamés, on s’y arrête. Gaspacho de tomates cerises « fenomenal », sangria et autres délices. Moi je trouve que c’est tricher, mais c’est trop bon ! On fait aussi un plein dans l’épicerie du coin, on commence à comprendre qu’on est légers en calories. Alourdis par l’alcool et la nourriture, on repart sous le cagnard, dur. De la piste qui monte, encore plus dur. On remonte, lasses. On fait des jeux de charades sur les routes forestières, au moins à l’abri du soleil. On croise des grosses machines d’exploitation forestière, peu pittoresque, et on arrive à une centrale hydraulique sur le Barranco de Urdiceto. Ça signe la fin de la piste, on marche sur du sentier, enfin ! On bascule dans une autre vallée. Avant de descendre, je me met les pieds en hauteur, j’ai affreusement mal !
Le soir arrive, il faut faire de l’eau. Je les préviens que je ne m’arrête plus. La douleur est devenue si insupportable que si je m’arrête, je ne me remettrai pas en route. Ils attrapent ma gourde pendant que je marche comme un automate. Je les lâche et continue. Ils me rattrapent en courant et on arrive au bivouac.
Quelle journée, encore ! Pas technique pour un sou mais d’une monotonie ! On trouve notre petite cabane, elle n’est pas à la fin de l’étape mais cette fois on s’arrête. C’est la cabane des épinards – ou de Sallena – bordée d’épinards sauvages. On s’installe le cul dans les pousses et on s’en fait un festin. Les moustiques, eux, font de nous leur festin. On se remonte les chaussettes, on ferme les capuches, on ne veut pas leur céder un centimètre de peau ! Ils nous déglinguent malgré tout. Quentin nous anime un jeu de rôle improvisé, on est vraiment shootés et on rigoles beaucoup. On se demande jusqu’à quand on va tenir comme ça. Eux, ils ont l’habitude des efforts intenses et courts comme les ultra-trails. Moi, j’ai la dite “théorie du cul dur” : plus on va marcher, mieux on va marcher et moins on sera fatigués. À voir !
On laisse Olivier dans la cabane et on dort dehors. On a chacun un bouquin de poche qu’on fait tourner. La sélection est pour le moins éclectique : un peu de poésie avec Les Fleurs du Mal de Baudelaire, le roman du Vieil Homme et la Mer d’Hemingway et un livre casse-tête de Game Theory : A Very Short Introduction de Binmore. C’est bien suffisant, le soir on est trop morts pour passer des heures à lire.